Creuse : une fraise plus précoce mais qui souffre de la chaleur
Publié il y a 6 heures
En Creuse, la fraise marque la fin du printemps, au mois de mai. Cette année, à cause des températures au-dessus de 30 degrés, la récolte a de l'avance. Nous sommes allés à la rencontre de deux maraîchers qui la cultivent. Ils attendent la pluie avec impatience.
La Creuse n'est pas connue pour ses fraises, contrairement au Périgord ; et pourtant, tout ceux qui cultivent le fruit rouge et sucré dans leurs jardins ou sur leur exploitation ont observé une explosion des récoltes ces derniers jours. La fraise étant friande de soleil, elle a grossi plus vite. Mais l'eldorado pourrait se transformer en désert si les températures ne baissent pas dans les prochains jours et si la pluie ne fait pas son retour.
"Une récolte exceptionnelle"
Dans le département, le plus gros producteur (bio) se trouve à Saint-Agnant-de-Versillat : il s'agit du verger de Lascoux qui fait aussi des myrtilles et du cassis. Plusieurs maraîchers ont planté des fraises comme culture d'appoint, en plus des légumes : c'est le cas d'un couple installé à Mortroux, d'un autre à Lavaveix-les-Mines ou encore de la fermette de Bridiers près de La Souterraine.
Stéphane Lachenal, de la ferme des Pierrafeux à Lavaveix-les-Mines, reconnaît que la récolte de mai est exceptionnelle. "Je n'ai jamais récolté autant de fraise pour un mois de mai, sourit Stéphane, mais si on n'a pas d'eau dans les prochains jours, des plants vont mourir." Il a 4.000 plants sous un tunnel plastifié, et prévoit d'en avoir 12.000 l'an prochain : "La demande a explosé !"
L'enthousiasme est moins important chez Killian Fontanel de la fermette de Bridiers. Ce producteur bio a 1.600 plants de fraises, un fruit facile à cultiver : "Ca se cultive comme un légume, il y a très peu de taille, ça permet de rentrer de la trésorerie." La saison a bien commencé : "Pendant deux semaines, on a eu plein de fraises, toutes les variétés sont arrivées en même temps, mais là ça s'écroule."
La chaleur précoce a fragilisé ses fraises : "Tout ce qu'on a planté en mars-avril de cette année a brûlé ; même les variétés les plus résistantes ont les feuilles qui sèchent", assène t-il. Les plants souffrent sous la toile tissée : "Elle permet d'empêcher l'évaporation de l'eau, mais il fait environ 45 degrés." Il soupire : "Je n'ai jamais vu une saison avec autant de casse."
Chez Killian Fontanel, des plants ont vu à peine le jour avant de se recroqueviller sur eux mêmes. Le maraicher pourrait faire le choix d'arroser, "mais il est parfois trop tard, ou il faut tester la résistance de la fraise en nutriment pour qu'elle ait du goût". Même combat chez Stéphane Lachenal, qui privilégie un arrosage des fraises au goutte à goutte. Via des tuyaux souterrains, installés dix centimètres sous les plants de fraise, il contrôle minutieusement le ravitaillement de ses fruits rouges protégés : "Mettre plus ou moins d'eau, c'est jouer sur la qualité du produit final. Ca à une incidence sur le goût et le calibrage du fruit".
"200 kilos par semaine"
Les dynamiques sont donc différentes pour ces deux producteurs, mais chacun pourrait se compléter. Killian Lachenal a d'importantes ressources en eau grâce à un puit alimenté par plusieurs petits ruisseaux, mais ses plants sont exposés en plein soleil. Ceux de Stéphane Lachenal, sous un tunnel plastifié, sont plus au frais ; mais certains plants manquent d'eau, alors que le producteur a fait installé un bassin étanche, qui se trouve pour l'instant à sec.
Killian Fontanel a déjà estimé les récoltes de cette année : "Avec un peu de chance, j'atteindrai les 100 kilos cette année, contre 250 d'habitude." Stéphane Lachenal, lui, en écoule environ 200 kilos chaque semaine, sur quatre marchés creusois différents.