Creuse : le projet de porcherie de 1.200 cochons près du lac de Vassivière fait couler beaucoup d'encre
Publié il y a 10 heures
De nombreux habitants et acteurs économiques ont donné leur avis au sujet du projet de porcherie de Royère-de-Vassivière, en Creuse. La consultation publique ouverte par la préfecture de la Creuse termine le 30 mars.
À la mairie de Royère-de-Vassivière, il y a du monde depuis un mois, des habitants qui y défilent pour consulter le dossier de plus de 300 pages qui détaille le projet de porcherie dans cette commune du plateau de Millevaches, en Creuse. Des agriculteurs de la commune veulent installer un bâtiment fermé pour l'élevage de 1.200 cochons à proximité du lac de Vassivière. Avant de trancher, la préfecture a lancé une consultation publique qui se termine lundi 30 mars.
Il y a eu tellement de contributions qu'un deuxième registre a été ajouté ainsi que de nombreuses feuilles volantes. Les habitants ont pris la plume sur quelques lignes voire plusieurs pages. Ils sont venus d'Eymoutiers, de Gentioux-Pigerolles, de Peyrat-le-Château, de Saint-Amand-le-Petit, de Faux-la-Montagne... Tous, ou presque, disent leur opposition au projet de porcherie.
"Une fois que ce sera pollué, ce sera fichu"
Pascal, habitant d'Eymoutiers, se dit "opposé au schéma de l'agro-industrie sur les porcheries" et s'inquiète de la pollution du lac de Vassivière et des impacts sur le tourisme. Ophélie est concernée par les épandages de lisier dans son petit village de Faux-la-Montagne : "Clairement le lisier va contaminer l'eau et les terres autour. En plus des nuisances olfactives, c'est une catastrophe annoncée. C'est un enjeu national, pas seulement local. Ce qui est fou dans ce dossier, c'est que c'est une prise de risque : un risque inéluctable pour une pollution irrémédiable. Une fois que ce sera pollué, ce sera fichu."
Philippe, habitant de Faux-la-Montagne, a écrit quatre pages à la main sur le registre : "On a la chance d'avoir un lac avec une eau de bonne qualité, où la baignade n'est jamais interdite, ce qui n'est pas le cas ailleurs. Il faut que la préfecture sache que la population est mobilisée contre ce projet délirant."
"Les cochons, c'est leur passion"
Au sein de la la nouvelle équipe municipale de Royère-de-Vassivière, le sujet a été abordé dès le premier conseil municipal, ce samedi 28 mars. "On n'est pas pour le projet, les conséquences sont trop grave par rapport à l'environnement et l'économie locale. Les porteurs de projet travaillent très bien mais un accident est vite arrivé. Si on ferme le lac ne serait-ce que 15 jours en plein été, toute l'économie locale est mise en danger, sans compter les risques de pollution à long terme," estime le maire de la commune, Anthony Buys.
Lui-même éleveur de moutons, il comprend l'envie des porteurs de projet : "Pour les porteurs de projet, élever des cochons est une passion. On peut comprendre qu'ils veulent construire cette porcherie, mais on ne peut pas l'accepter. Les élevages industriels en bâtiment sont néfastes pour l'environnement. Dans le Limousin, la grande majorité des éleveurs font de l'extensif, du plein air."
Paul-Emmanuel Jobin, élu également à Royère, ajoute : "Je pense que la plupart des habitants ont conscience que les agriculteurs ont besoin de vivre de leur travail dignement, mais pour autant ils ne sont pas prêts à accepter des projets néfastes pour la santé et l'environnement, c'est pour ça que la consultation publique a permis aux gens de chercher des infos et se faire un avis éclairé."
"Un effet ricochet beaucoup trop important"
Le Parc naturel régional de Millevaches en Limousin a rendu un avis défavorable au projet. Philippe Brugère, le président du PNR, s'inquiète des impacts sur l'environnement des épandages de lisier. "Nous ne souhaitons pas soutenir des projets d'élevage industriel, intensif. Nous soutenons plutôt une agriculture à dimension familiale, c'est-à-dire de l'élevage extensif, en plein air." Il insiste : "Ce type de projet à cet endroit particulier peut avoir une influence sur l'environnement préservé de Vassivière. On voit bien en Bretagne [où il y a beaucoup d'élevages de porcs], que tous les cours d'eau sont pollués."
Un autre avis défavorable a été émis à l'unanimité par le syndicat mixte du lac de Vassivière. Son vice-président, Benjamin Simons, explique qu'il s'est appuyé sur des éléments techniques apportés par l'établissement public qui gère la qualité des eaux du bassin de la Vienne, l'agence régionale de santé, et par l'expertise d'un des spécialistes français des cyanobactéries, M. Combrouze. Il résume : "On comprend que la question n'est pas de savoir si le lac de Vassivière sera pollué, mais quand il le sera. Cela va à l'encontre de toute la politique menée sur le site du lac de Vassivière depuis plus de cinquante ans." Benjamin Simons rappelle notamment les huit millions d'euros récemment investis par la Région pour l'assainissement du lac. "Ce dossier menace directement ces investissements, on comprend l'intérêt pour des agriculteurs de diversifier leurs revenus, mais cette diversification agricole aurait un effet ricochet beaucoup trop important sur les autres secteurs."
"Prudence" du côté de la Région
La Région Nouvelle-Aquitaine se montre "prudente sur ce dossier", écrit son président Alain Rousset, sollicité par ICI Creuse. "Il faut savoir produire ce que l’on consomme chez nous mais mieux qu’ailleurs, être sur les enjeux de souveraineté alimentaire et de transitions environnementales. Sur ce dossier en particulier, aucun risque ne peut être pris pour la qualité des eaux de Vassivière ; les conditions actuelles proposées pour l’épandage sont évaluées avec un risque faible, notamment pour une des zones de baignade. Le risque doit être nul. Faible, ce n’est pas suffisant."
Toutefois, le Conseil régional a voté une aide financière à ce projet de porcherie, éligible à plusieurs dispositifs : dans le détail, 101.250 euros de l’Union européenne (FEADER) et 67.500 euros de la Région. Alain Rousset conclut : "La réalisation du projet est soumise à l’obtention des autorisations administratives et environnementales et les élus du Conseil régional restent attentifs à l’ensemble des enjeux du territoire dont l’environnement, le cadre de vie et le tourisme."
La FDSEA favorable au projet
Christian Arvis, président du premier syndicat agricole du département, la FDSEA, a lui aussi participé à la consultation publique, sur internet. Il est favorable au projet : "À partir du moment où on prononce le mot de porcherie, tout le monde se braque. Je pense que 99% des Français mangent du jambon blanc, ce projet répond parfaitement au discours politique qu'on entend depuis des années, qui est d'assurer notre souveraineté alimentaire."
Le président de la FDSEA comprend les inquiétudes mais défend "la liberté d'entreprendre". "Ce sont des agriculteurs qui veulent diversifier la production et les sources de revenu, c'est très bien. Ce projet respecte des normes et règlementations drastiques." Il tacle : "Je suis persuadé que si le lac de Vassivière n'existait pas, et qu'on voulait construire aujourd'hui le lac, toutes ces personnes qui sont contre la porcherie seraient également contre le lac, en nous expliquant que cela détruirait la biodiversité."
Après la consultation publique, plusieurs mairies ont deux semaines pour donner leur avis à la préfecture. Ce sera le cas notamment des conseils municipaux de Royère-de-Vassivière, Faux-la-Montagne et Gentioux-Pigerolles, dont les maires sont personnellement opposés au projet.